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jeudi 8 novembre 2007

Le 8 novembre 1942 à Alger

Bien étrange époque ! que nous avons du vivre ...durant cette seconde guerre mondiale... Nous nous en sommes tirés indemne , alternative à laquelle qu’aucun d’entre nous n’imaginait . Nous étions entré clandestinement dans ce qu’on appela la “résistance” dès que cela fut possible. En janvier 1941.
21 mois plus tard nous participâmes à l’action qui permit le débarquement américain en Afrique du Nord.
Le “putsch” des résistants français , puisque c’est ainsi qu’on appela ce coup d’état, que nous avons exécuté le 8 novembre 1942 à Alger , fut le facteur décisif du succès du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord , nommée , par les français “opération Torche”: il fut le tournant de la guerre contre l’Allemagne, et même de la seconde guerre mondiale...passé sous silence dans les manuels scolaire, ce moment de l'histoire fut un tournant de la guerre...il annonçait ce qui allait suivre.
La résistance “Algéroise" dont je faisais partie et qui ne comprenait que 350 à 400 résistants ( 377 ) fut à la base de ce tournant de la seconde guerre mondiale du 8 novembre 1942.
Le Secret et le silence étaient nos outils principaux.

2/Préparation du Débarquement allié , Composition et constitution :
La population de l’Algérie comprenait , parmi les civils 7 millions de musulmans, 930 000 Français et parmi eux 130 000 français d’origine juive. A Alger même la proportion des différents habitants était sensiblement identique.
La résistance algéroise, s’était donc constituée dès 1940-1941 . Elle comprenait plusieurs éléments, essentiellement des sujets français , surtout d’origine juive mais également, surtout dans l’armée, de sujets à opinions royalistes . anti-collaborationnistes comme l’abbé Cordier.. quelques musulmans , étaient également avec nous. D’ailleurs, les musulmans à cette époque refusèrent toute activité antisémite malgré l’invitation des autorités vichystes, à cette époque..
Notre but était de constituer à Alger même un groupement de combattants ayant pour mission la neutralisation ou la destruction des commissions d’armistice allemandes et italienne s ; hélas la collaboration avec l’Allemagne hitlérienne était effrayante . Songez que l’amiral Darlan donna l’ordre , depuis Alger, à la flotte de Toulon de se saborder alors qu’il aurait fallu leur donner l’ordre de rallier les forces anglo-américaines.
3/ L’operation Torche . Alors quelle fut exactement notre Action dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942 ?:
Cette action avait été parfaitement organisée par nous tous et surtout par nos chefs. = Son but : empêcher la garnison militaire vichyste de se mobiliser contre les américains et contre nous.
rappelons que , sauf d’en avoir reçu l’ordre il nous était interdit tout recrutement. le silence, et surtout, le secret était notre outil et notre arme principale. c’est elle qui nous permit de vaincre les vichystes

Car la règle inflexible était d’ignorer les autres,pour être incapable de les dénoncer et être à l’abri d’une dénonciation éventuelle, toujours possible! Nous portions, chacun un brassard marqué “ V.P. “ qui signifiait “volontaire de la place” mais l’on faisait croire aux vichystes, accidentellement rencontrés, que cela voulait dire “ vive Pétain”., ces brassards permettaient surtout de se déplacer dans la ville malgré le “ couvre-feu” instauré durant la guerre. et qui interdisait tout déplacement dans la ville . Je portais un tel insigne car je devais me déplacer d’une section à une autre voir et aviser civils et surtout les militaires.
7 novembre nous allâmes, entre autres missions , voir des chefs militaires français dans la banlieue d’Alger : on leur annonçait que le débarquement devait avoir lieu le 8, le 9 ou le 10 novembre: un de ces trois jours; en fait nous savions qu’il devait avoir lieu le 8 . Tous ces chefs militaires , qui étaient d’accord avec nous , étaient perplexes , pour une raison tout à fait compréhensible : la pauvreté des éléments de guerre mis à leur disposition pour le combat par les anglo-américains : malgré leurs promesses : il n’y avait que quelques rares vieux fusils, à peine quelques chars d’assaut , quelques canons anciens ; aussi, malgré leur désirs, cela les rendaient hésitants.

La ville fut divisée en 3 puis en 5 secteurs dont avec des dirigeants responsables : chaque secteur comprenant plusieurs groupes, .
Le 5ème secteur était divisé , lui-même en trois sections dirigées par Jean Athias, Pierre Cardona , moi-même, et un groupe de jeunes gens; adolescents,étudiants pour la plupart dont certains avaient été exclus de la faculté par les lois antisémites.

La réunion des chefs eut lieu , d’abord, à 18 heures , à Alger,C’est Jousse qui décida et nous donna le mot de passe : ce fut “Whisky- Soda”.
Le soir du 8 emportant quelques armes de fortune dont je savais à peine me servir. j’allais, avec mon groupe , dirigé par José , au Commissariat Central , , c’est là que l’on dirigea l’action .
Notre action était essentielle .
Principalement fut effectué =La neutralisation de tout l’arsenal militaire ou civil qui était destiné par Pétain à empêcher le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord , aussi bien les éléments du corps armé au nombre de 11000 ainsi que les hommes plus ou moins collaborateurs vichystes des puissances de l’axe au nombre de 20000 :
: pour cela, les différents groupes agirent , simultanément dans les différents points de la ville. L’amirauté d’alger fut également occupée. prendre d’abord la grande caserne Pelissier, laissant sur place un détachement de résistants puis le commissariat de police du 1er arrondissement dans la basse casbah laissant sur place un second détachement ; puis ils prirent - le Q G du général Juin au palais d’hiver avec la reste de la troupe.Puis les résistants firent prisonniers , colonels, généraux , hauts fonctionnaires du Gouvernement Général qui , convoqués,entraient au Commissariat Central , pour prendre des nouvelles mais ne pouvaient en ressortir : ils étaient nos captifs ;Très vite le sous-sol du commissariat central regorgea de prisonniers civils et militaires ; on attendait le débarquement des troupes américaines qui malheureusement arrivèrent avec beaucoup de retard, à l’aube du 8 novembre . 5
l’Action des résistants fut , par ailleurs, rapidement engagée et efficace .

Ces 377 résistants agirent : d’abord les câbles téléphoniques entre Alger et Vichy furent sciés et mis hors d’usage par l’un d’entre nous mais les lignes de correspondances locales furent respectées et la centrale téléphonique d’Alger occupée, ce qui permit l’action des résistants, sans faire couler de sang .
le lieu où j’étais regorgea très vite de prisonniers civils et militaires
Nous nous étions également emparés de tous les points stratégiques de la capitale , “Alger” , considérée alors comme la “ citadelle de la collaboration”; les hommes, civils ou militaires et les officiers de la troupe de choc avaient été tenus dans l’ignorance totale des noms , des plans, et des buts de cette poignée d’hommes qui étaient à la tête de l’entreprise .
Malheureusement, Darlan, qui correspondait directement avec Vichy avait déjà donné l’ordre à la flotte de Toulon de se saborder au lieu de rejoindre, comme elle aurait du , l’Afrique du Nord.
L’Opération était entièrement terminée à 3 heures du matin . Les américains et les anglais n’arrivèrent que vers 15 heures,
Mais l’opération était déjà parfaitement réussie
Un détail important : Rappelons que Parmi ces américains qui débarquèrent beaucoup, la plupart étaient, en réalité, des anglais qui avaient revêtu des uniformes américains !!.
Pour conclure, deux points importants nécessitent d’être signalés

:1°) Le déroulement des évènements à Alger sont à la base du retournement de la guerre et de la victoire finale.

2°) Le curieux silence historique passé et présent sur ces évènements

André, 90 ans, encore en vie pour nous transmettre ce morceau d'histoire...vécu! un coin du voile se lève, j'espère que ce témoignage vous aura intéressé!