Je pense, donc je suis...(Descartes)
Je réfléchis, donc je suis peut être un miroir...
La force de la vie:
"je ne souhaite pas de gestes de réanimation pour mon bébé, nous affirme cette femme qui est sur le point d'accoucher prématurément. Grossesse pas vraiment souhaitée, conditions de vie difficiles. Estimation de l'age de gestation:24 semaines
Problèmes des limites
Aux yeux de la législation, 22 semaines (4 mois et demi) est une date à partir de laquelle l'accouchement n'est plus considéré comme une fausse couche. Poids moyen à 22 semaines, 450grammes.
Aux yeux des pédiatres réanimateurs, 25 semaines est une date en dessous de laquelle une réanimation sera possible mais où le foetus risque de garder des séquelles graves si l'anoxie dure et ou il devra, en cas de survie surmonter des épreuves physiques aux lentours du 5ième jour.
L'accouchement est imminent. La femme, seule, décide en son âme et conscience, qu'elle refuse tout geste visant à la réanimation de son enfant. Elle signe.
Le bébé, sans prénom, arrive, rapidement, sans difficultés.
Il est déposé là, devant un pédiatre, un anesthésiste, et moi-même.
Il gémit légérement. Respire profondément, avec un peu de difficultés. Il va chercher son souffle très loin, tout seul, en creusant son abdomen, mais de façon de plus en plus régulière. J'enclenche alors le chrono, dans un geste codifié, mécaniquement. C'est comme un compte à rebours qui s'établit.
Il rosit, délicatement, j'évalue alors à 3 minutes ce qui permet de scorer son état.
Il s'accroche. Il montre une détermination à survivre incroyable. Et nous ne pouvons rien faire pour l'aider. Simplement l'accompagner dans ce qui s'apparente à une agonie. Quelqu'un nous demande s'il n'est pas possible d'abréger ce moment, par une injection de potassium dans le cordon. Je dis "non"à l'étudiant. La Loi nous l'interdit. Et notre éthique également.
6 minutes se sont écoulées...des minutes incroyablement longues...
L'enfant continue à se ventiler spontanément, devient de plus en plus rose, il détend ses traits tous fins et harmonieux. Il ne souffre pas, il vit...
8 minutes: ses paramètres sont bons. Le coeur bat de façon régulières, un bon rythme, sa couleur et ses discrets mouvements montrent qu'il a décidé de survivre.
Nous décidons alors d'accompagner cet enfant, par des gestes doux et aidant. Nous l'essuyons délicatement, ajoutons un peu d'oxygène à proximité de son nez, continuons à le réchauffer.
10 minutes, des petits cris s'échappent de sa gorge, il remue de plus en plus. Nous le pesons: 545 grammes. Il est bien formé, son sucre sanguin est bon, le taux d'oxygènation est de 95%.
....
18h: hospitalisé depuis plusieurs heures dans une unité de néonatalogie, Il vit et va bien.
...
Ce que demain nous apprendra sur les suites, nous l'ignorons encore. Nous ne pouvions pas le réanimer, soit, mais nous ne pouvions pas non plus abréger sa vie. La vie a décidé. Il a décidé. Nous avions à être vigilants, à aider cette être avec les moyens du moments, sinon cela devenait "non assistance à personne en danger"!
Nous n'avons pas "le" pouvoir,nous n'en avons aucun d'ailleurs, il ne faut pas et nous devons tirer des leçons de chaque cas qui se présente...
A suivre...