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vendredi 8 octobre 2010

GNOSE-11.Aïda


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C'est difficile de prendre la mesure de ce que laisse en soi de participer à un tel événement :

Chanter dans le choeur d'Aîda, devant 55000 personnes au stade de France.

Le fait d'être en groupe rassure bien évidemment. Et puis il y a soi, face à sa partition; le travail fourni auparavent devient une bouée de sauvetage; il faut assurer une prestation sans faille; on ne veut pas décevoir, il faut faire bien.
le regard glisse le long des notes qui s'égrennent avec vivacité, une mélodie intérieure s'installe, les accords instrumentaux résonnent avec force et s'imposent comme la seule réalité existente; tout le reste disparait, il n'y a plus rien que la vérité de la musique. Je lis la partition et en même temps,je suis imprégnée des accords et de la sonorité puissante et précieuse des instruments placés juste devant nous. La musique appelle nos interventions chantées. Elle nous devance, nous nous laissons porter par elle, tout en ayant les sens en tension. Nous savons l'instant précis où nos voix conjuguées vont fendre l'air ou poser, en communion, une note tendre. Nous connaissons toutes les nuances, les accents, les articulations, les intentions. Dès que le moment arrive, tout le monde se lève tranquillement, pose un regard plus aigü sur le chef qui dirige avec énergie et précision. Ces gestes sont surs, encourageants, il nous indique, mais pas toujours, qu'il faut y aller.

J'ai compté les temps, la musique est mathématique; c'est là, il ne faut ni attaquer trop tôt, ni hésiter sur le départ. Il faut compter et être prêt. Il faut entendre la mélodie, se laisser guider par elle.

Seule au milieu de tous. Seule mais accompagnée de tous.

Quelle impression! Comme les organes d'un seul corps qui fonctionnent indépendemment les uns des autres mais qui ne peuvent agir seuls!
La musique ,qui les relie, est comme le flux de sang dans un organisme qui irrigue chaque partie de celui-ci.

Nous ne faisions plus qu'un.
Là, dans cet immense stade, nous ne faisions plus qu'un avec l'orchestre, la scène, les danseurs, les solistes.

Nous avons répété, fait quelques raccords.
A la pause, juste avant le repas dans le salon « sensation », quel nom! je me suis assise, sur une plate-forme juste devant la scène où déambulaient pelleteuses et ratisseuses. Il fallait étendre le sable ocre qui servirait de décor. De hautes colonnes en carton-pâte se dressaient de chaque côté. Il faisait un temps incroyablement doux en ce 2 octobre, comme une journée de fin d'été. Une période se terminait. Nous avions travaillé « Aïda » depuis le mois de mai. S'il avait plu, nos efforts auraient été reduits à néant. Un report du samedi au dimanche était prévu mais plus qu'improbable.

Il a fait beau.

Je scrutais les quelques personnes qui finissaient de mettre tout en place pour le spectacle du soir. J'avais une sensation de plénitude. Il me semblait qu'à ce moment précis, rien ne pouvait arriver de mauvais, malgré les gendarmes à cheval, malgré les menaces planantes depuis quelques semaines...

Le spetacle s'est déroulé comme prévu, quelques aléas perceptibles par nous, mais pas du public, qui eut une impression d'ensemble très favorable. Quelques interviews d'un présentateur connu venait ponctuer le déroulement de l'oeuvre. Il expliquait l'histoire pour les téléspectateurs car il allait y avoir une retransmission. Le chef devait l'attendre. Nous aussi.

La télévision est reine.

Le speaker se faisait pomponner entre chaque prise. C'était amusant, mais à la fin, un peu agaçant. Ses parenthèses venaient enrailler la fluidité de la musique, comme un vieux tourne-disque qui saute par intermittence.

Les applaudissements finaux furent longs et appuyés. Très rapidement ils ne furent plus d'actualité. Tout allait très vite. Le plaisir avait eu lieu. C'était déjà du passé.
Ceci dit, c'était quand même bien sympathique de se retrouver au milieu des gens qui montraient leur contentement. La caméra balayait nos visages souriants qui montraient une certaine satisfaction.

Que feront-ils de ces images?

Il me fallait fixer par écrit ces quelques impressions, pour les faire vivre encore.
Je suis comme au retour d'un beau voyage. Je ne suis pas encore redescendue de mon petit nuage.
Cela peut paraître ridicule ou vain, mais j'ai l'impression d'avoir accompli quelque chose.

Oui, les expériences nous changent...

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Très heureuse découverte que celle par ces mots ! Suis enchanté même si je n'ai pu être dans les rangs des "auditeurs" faute de l'avoir su. Merci pour ce partage. PMC