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mardi 20 avril 2010

Icare


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quand on est là-haut,
seul le cadran indiquant une température, une altitude, une localisation nous aide à nous persuader que nous sommes réellement dans les airs, à voyager. Nos sens sont trahis. la vitesse est imperceptible, aucun bruit , pas de sensation de vertige, une température acceptable.
Nous pouvons traverser la vie ainsi...sans voir, sans entendre, sans comprendre, nos sens endormis, anesthésiés, sans réaliser la beauté de cette vie qui nous est offerte.
Le nuage qui s'est élevé, invisible et pourtant réel, nous aidera-t'il a lever le voile sur notre incapacité à apprécier la lenteur, la paresse, l'étourderie, la rêverie, la distraction, la fraicheur d'esprit, la paix, l'intelligence, la bonté, l'autre.

Freud n'a pas écrit que des bêtises. En voilà encore un passage d'actualité:

"Mais personne ne nourrit l'illusion que la nature soit déjà domptée,
et bien peu osent espérer qu'elle soit un jour tout entière soumise à l'homme.
Voici les éléments, qui semblent se moquer de tout joug que
chercherait à leur imposer l'homme : la terre, qui tremble, qui se fend,
qui engloutit l'homme et son oeuvre, l'eau, qui se soulève,
et inonde et noie toute chose, la tempête, qui emporte tout devant soi ;
voilà les maladies, que nous savons depuis peu seulement être dues aux attaques
d'autres êtres vivants, et enfin l'énigme douloureuse de la mort,
de la mort à laquelle aucun remède n'a jusqu'ici été trouvé
et ne le sera sans doute jamais.
Avec ces forces la nature se dresse contre nous, sublime, cruelle, inexorable ;
ainsi elle nous rappelle notre faiblesse, notre détresse,
auxquelles nous espérions nous soustraire grâce au labeur de
notre civilisation. C'est un des rares spectacles nobles et exaltants que les
hommes puissent offrir que de les voir,
en présence d'une catastrophe due aux éléments, oublier leurs dissensions,
les querelles et animosités qui les divisent
pour se souvenir de leur grande tâche commune :
le maintien de l'humanité face aux forces supérieures de la nature.
" Sigmund Freud ("l'avenir d'une illusion" 1927.

Sigmund Freud (1927), “L’avenir d’une illusion”. Trad. franç., 1932.(Suite)

"Pour l'individu comme pour l'humanité en général,
la vie est difficile à supporter.
La civilisation à laquelle il a part lui impose
un certain degré de privation, les autres hommes lui occasionnent
une certaine dose de souffrance,
ou bien en dépit des prescriptions de cette civilisation
ou bien de par l'imperfection de celle-ci.
A cela s'ajoutent les maux que la nature indomptée -
il l'appelle le destin - lui inflige.
Une anxiété constante des malheurs pouvant
survenir et une grave humiliation du narcissisme naturel
devraient être la conséquence de cet état.
Nous savons déjà comment l'individu réagit aux
dommages que lui infligent et la civilisation et les autres hommes :
il oppose une résistance, proportionnelle à sa souffrance,
aux institutions de cette civilisation, une hostilité contre celle-ci.
Mais comment se met-il en défense contre les forces supérieures de la nature,
du destin, qui le menacent ainsi que tous les hommes ?
La civilisation le décharge de cette tâche et elle le fait
de façon semblable pour tous.
Il est d'ailleurs remarquable que presque toutes les cultures se
comportent ici de même.
La civilisation ne fait pas ici halte dans sa tâche de
défendre l'homme contre la nature elle change simplement de méthode.
La tâche est ici multiple le sentiment de sa propre dignité qu'a l'homme
et qui se trouve gravement menacé,
aspire à des consolations ; l'univers et la vie doivent être libérés de leurs terreurs
; en outre la curiosité humaine, certes stimulée par les considérations pratiques
les plus puissantes, exige une réponse.
Le premier pas dans ce sens est déjà une conquête.
Il consiste à « humaniser » la nature. On ne peut aborder des forces
et un destin impersonnels, ils nous demeurent à jamais étrangers.
Mais si au cœur des éléments les mêmes passions qu'en notre âme font rage,
si la mort elle-même n'est rien de spontané,
mais un acte de violence due à une volonté maligne,
si nous sommes environnés, partout dans la nature,
d'êtres semblables aux humains qui nous entourent,
alors nous respirons enfin, nous nous sentons comme chez nous
dans le surnaturel, alors nous pouvons élaborer psychiquement notre peur,
à laquelle jusque-là nous ne savions trouver de sens.
Nous sommes peut-être encore désarmés,
mais nous ne sommes plus paralysés sans espoir,
nous pouvons du moins réagir,
peut-être même ne sommes-nous pas vraiment
désarmés : nous pouvons en effet avoir recours contre ces violents surhommes
aux mêmes méthodes dont nous nous servons au sein de nos sociétés humai-
nes, nous pouvons essayer de les conjurer, de les apaiser, de les corrompre, et,
ainsi les influençant, nous leur déroberons une partie de leur pouvoir. Ce
remplacement d'une science naturelle par une psychologie ne nous procure
pas qu'un soulagement immédiat, elle nous montre dans quelle voie poursui-
vre afin de dominer la situation mieux encore."

Extrait d'une édition électronique
réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :
Sigmund Freud (1927)
“ L’avenir d’une illusion ”
Traduction française par Marie Bonaparte revue par l’auteur, 1932.

jeudi 15 avril 2010

l'amitié


Extrait du site ICI


Emmanuel Kant (18è) – " L'amitié (considérée dans sa perfection) est l'union de deux personnes liées par un amour et un respect égaux et réciproques."

Contrairement à la "personne" morale" et à l'humanité universelle", l'ami est un être réel et singulier. N'avions-nous pas prévenu dès le départ : autrui signifie étymologiquement cet autre-ci ? L'amitié se présente donc comme une forme concrète et praticable de l'amour du prochain. Déjà dans l'Antiquité l'amitié est considérée comme une vertu, c'est-à-dire une disposition bénéfique qui permet aux hommes de s'apprécier comme des individus égaux et libres. Même si dans ce contexte antique elle reste très sélective et aristocratique…
Montaigne, en parlant de son ami Etienne de La Boétie, en donne une version plus moderne et plus originale. La formule célèbre "parce que c’était lui et parce que c’était moi" exprime une sorte de respect pour l'identité et pour la liberté de l'autre : c'est parce qu'il était simplement lui-même, parce que je le respectais comme tel, et réciproquement, que nous étions amis. L’amitié me fait saisir autrui comme infiniment proche de moi, car comme moi, il est infiniment différent et unique. L’amitié porte ainsi, non uniquement sur la “personne”, au sens de Kant, mais sur l‘individu dans ses aspects les plus concrets et les plus divers. L’amitié c’est justement de pouvoir choisir, chez quelqu’un, le trait qui nous plaît, et qui nous plaît justement dans sa singularité.
Il y a des amitiés qui sont de simples "copinages", de la camaraderie : le fait de bien s'entendre, de partager des activités commune ou un sort commun. Inversement il y a des amitiés quasi-amoureuses, fusionnelles, ou bien fondées sur la fascination réciproque. Et puis il y a cette amitié plus profonde dont parle Montaigne, dans laquelle autrui est reconnu à la fois comme prochain et comme "lointain", comme familier et comme étranger, bref comme un alter ego. C'est aussi une synthèse de l'affection et du respect : l'affection qui attire, le respect qui maintient la distance."

Je crois que de vrais amis, il en existe peu....très peu. Le désintéressement est-il réel? Non, peut-être pas, mais ce n'est pas grave. C'est une vertu dès lors qu'elle est inconditionnelle. Tolérance, indulgence et amour en sont les fondements.