Une erreur est survenue dans ce gadget

jeudi 20 mars 2008

blog: art?

Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.

Proust, Le Temps Retrouvé.

L'individu ou la masse, le vrai visage ou le masque, l'originalité ou le stéréotype, la sincérité ou le faux-semblant...finalement j'en arrive à la conclusion que chaque blog est une "petite" oeuvre d'art, car authentique. Chacun se découvre à soi, un peu à l'autre...rien de mieux dans ce monde de clichés où l'essentiel réside dans la voiture dernier cri, le canon esthétique dans le profil adulé de tel ou tel mannequin, le paraitre au profit de l'Etre.
Un blog est périssable, mais les liens que l'on tisse au travers, le sont-ils tout autant? L'avenir le dira.

22 commentaires:

Corto a dit…

Il y a aussi tout un univers entre cette vision proustienne et celle des marchands d'art. Un univers qui ne sera jamais comblé car ils ne parlent pas la même langue. Même s'il n'a pas/plus besoin d'un soutien comme le mien, je dis : vive Proust !

Pour ce qui est de l'impérissable, il n'existe pas plus que l'immortalité ou l'éternité. Tout disparaît, tout se fâne et meurt en ce monde. Même les soleils meurent, alors les oeuvres d'art, les liens entre mortels...Il ne faut pas s'en émouvoir d'avantage qu'en se laissant envahir de temps en temps par une douce nostalgie. Et puis, la lumière qui nous vient est celle des étoiles mortes, justement. Qui sait si, comme une toile de Vermeer ou de Rembrandt il ne restera pas de nous, de nos liens tissés, un "rayon spécial" qui défiera le temps ?

Scheiro a dit…

C'est ta conclusion Astrale qui me pose problème, je ne vois pas le rapport entre authenticité et oeuvre d'art. Je ne vois d'ailleurs pas ce qu'un blog peut avoir d'authentique en tout cas je ne comprends pas ce que tu entends par authentique.
Si une oeuvre d'art est "cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune", je dois te dire que je ne connais pas beaucoup de blogs qui offrent la vue d'un paysage inconnu. J'ai plutôt l'impression de naviguer sur une décharge à ciel ouvert, une poubelle géante constituée par les rejets, les déchets de la consommation culturelle de masse.

Pas plus que je ne vois pas en quoi le blog de Machin se distingue sur blog de Truc et d'où viendra, dans qqs siècles, "le rayon spécial". Je ne dis pas qu'aucun blog ne puisse être considéré comme une oeuvre d'art, mais qu'il est impossible que tous les blogs puissent être des oeuvres d'art, sinon où seraient les bloggers originaux ? Pour moi, la bloggosphere c'est la reproduction à l'identique de "ce monde de clichés où l'essentiel réside dans la voiture dernier cri, le canon esthétique dans le profil adulé de tel ou tel mannequin, le paraître au profit de l'Etre." que tu dénonces. D'ailleurs je ne vois pas pourquoi la bloggosphere serait différente puisque, mis à part les analphabètes et les illettrés, toute personne disposant de ressources économiques suffisantes peut créer son blog.

Tu ne crois pas Astrale, qu'un mec qui ne vit que dans l'angoisse narcissique quotidienne ne fera que reproduire ses craintes et frustrations en ligne ? C'est à dire que si cet individu ne peut pas exhiber sa Rollex, par manque de moyens financiers, il compensera cette impossibilité par la création d'un blog et inventera des personnages fictifs qu'il fera discuter ensemble sous forme de commentaires à des billets. Posts qu'ils prendra pour des de choses hautement intelligentes, telles qu'il en voit tous les jours à la TV ou comme il en lit dans Libé, dans le Monde ou même le Monde Diplo - pour les plus fortiches. Mais je ne crois pas un instant que ce genre de blogs puisse avoir la moindre valeur artistique. Je ne crois pas non plus à la réelle volonté de cette immense majorité d'auteurs de blog d'ouvrir sur un ailleurs, puisqu'ils ne cherchent même pas à s'en donner la possibilité mais reproduisent les pires clichés qu'ils baptisent pompeusement critiques, réflexions, analyses, nouvelles, poèmes. Pourtant c'est principalement avec ça que la bloggosphere est construite, non ? Et c'est pour ça que je ne suis pas d'accord avec toi, chère Astrale.

flybird a dit…

Bonjour Marie,
Le temps ne tarie pas les liens profonds, sincères, généreux,les vrais, les uniques, ceux du coeur, ceux qui parlent à nos âmes, ceux que l'on donne et que l'on reçois, sans demi mesure, sans retenu, ceux qu'on ne calcule pas, ceux qui sont spontanés,le temps les fortifies, les confirmes,les sublimes et les rends intemporels, une empreinte indélibile dans nos mémoires.

Corto a dit…

Pas d'art dans les blogs ?? Je m'insurge là Scheiro, mon poto !
Tiens, un exemple au hasard :

http://mikkado.tumblr.com/


Si c'est pas de l'art, ça, tu me diras ce que c'est !

Ralala...

Seiya a dit…

Alors, moi, je m'y connais plus en art grec, mais il n'empêche que je suis d'accord avec le fait qu'un blog peut être de l'art, et je conçois le mien de telle façon à ce qu'il s'en rapproche le plus.
D'autant que je ne lis pas le monde diplomatique parce que l'U.V. de diplomatie, à l'institut Kido, elle a été remplacée par l'U.V. Cosmo-énergie...

A bon entendeur...

P.S. : comme j'aimerai savoir si oui ou non mes interlocuteurs se moquent de moi, je désirerais savoir si c'est vrai, comme je l'ai lu ailleurs, que "cornichonne" est bien un des innombrables pseudos de celui qui se fait appeler Corto (1 et 2), Dieu, Wolfwood, L., Raspoutine, Gambit, Anonyme, Anonymous Glorious, Saga des Gémeaux, sa seigneurie le prince de clair-obscur, etc, etc... Parce que si oui, c'est une moquerie de trop !

Marc a dit…

Bravo, Scheiro est comme d'habitude remarquablement intelligent. En bon disciple de BHL et Finkielkraut (ou serait-ce de l'excellentissime nebo ?), lui sait où sont les vrais artistes, penseurs, intellectuels, etc. Ce sont ceux qui passent à la télé, dont les journaux parlent et que les galeries exposent. Le reste, ça n'existe pas, alors les blogs ma pauv'dame, vous pensez !
Ce qui est bon, c'est ce qui est reconnu par les gens ayant pignon sur rue, point. Dites, à quoi ça sert la hiérarchie sociale, non mais !

(bon ne voyez aucune ironie dans mes propos, le cas échéant, déduisez-en que je suis un frustré, c'est tout. D'ailleurs faut-il pas avoir du toupet pour parler après Scheiro, FelkielTruc ou Béchamel ?)

Albertine a dit…

Je viens aussi mettre mon grain de sel :-) et.... désolée Marc, mais je suis assez d'accord avec ce qu'écrit ici Scheiro - qui n'a pas dit, sur ce commentaire au moins (je te crois partial là Marc, franchement) qu'il savait où étaient les vrais artistes, les vrais penseurs, etc. et n'a pas d'ailleurs refusé la possibilité selon laquelle les blogs pouvaient être des oeuvres d'art.
Pour tout dire, et là où je rejoins Scheiro, c'est que je ne vois pas du tout en quoi le fait qu'un blog soit "authentique" (si on entend par là qu'il est l'expression d'un individu particulier et pas d'un autre individu particulier, celui de Pierre et non celui de Paul) ferait dudit blog une oeuvre d'art.
Tout au contraire me semble-t-il, en général, l'expression de sa "particularité", de son "individualité" blablabla, pousse le plus souvent à déblatérer les généralités les plus plates et les grossièretés les plus communes...
Proust insiste bien dans ce texte (merci et bravo pour ton choix d'ailleurs Astrale) sur l'altérité, de singularité (qui en ce sens s'oppose au plus haut point je crois à la particularité - sale hégélienne encore, j'vais me frapper) : il s'agit de voir "ce que voit un autre" (et non pas ce que voit mon voisin qui, pour être différent de moi, immédiatement et si l'on y prête attention, voit les mêmes choses toutes faites), il s'agit encore des "artistes originaux, il s'agit enfin de leur "rayon spécial"...
Bref, pour tout dire, si chacun peut bien avoir son regard particulier sur le monde (bien que même cela je ne suis pas sûre de l'accorder tout à fait), tout regard n'est pas pour autant "un monde", ne porte pas en lui, tel quel et sans plus de médiation, quelque chose comme "un monde"....

Marc a dit…

Nous ne parlons sans doute pas tous de la même chose visiblement.
Scheiro, comme à son habitude, semble partir de généralités et comme à son habitude en arrive à une position méprisante.
Mais dans ses généralités, par touches indirectes (combien de fois par exemple a-t-il parlé des "lecteurs du Monde diplomatique" depuis le jour où j'ai mis sur mon site le fil RSS de ce journal) mais très facilement reconnaissables, il vise en fait des individus précis.
De telles généralités ne valent donc pas grand chose et quand il arrive à se maintenir dans la généralité, on obtient des pensées profondes du genre : les gens sont tous des cons, les français en particulier qui veulent imposer au monde entier le camembert qui pue, j'en passe et des meilleures. Parfois il prétend aux sciences humaines mais ses conclusions ne sont alors pas beaucoup plus fines.
En tous les cas, une constance de ses discours (bien qu'en réalité il se contente le plus souvent de citations) est, malgré une position revendiquée de solitaire indépendant endurci, de se ranger toujours sagement derrière un ordre bien établi. Ainsi un penseur ne deviendra tel, sous le clavier de Scheiro, qu'une fois que d'autres l'auront officiellement intronisé, idem pour un artiste. La seule possibilité d'échapper à son mépris semble de pratiquer le copinage et la reptation sous ses avis, chose que j'ai personnellement toujours refusé (et même s'il possède mon adresse IP et connait mon nom véritable :-).

Dans cette intervention, il fait encore œuvre de mépris pour les artistes qui ne connaissent pas de reconnaissance officielle et serait tenté de s'exprimer sur un blog (à noter, c'est ainsi que la jeune chanteuse anglaise Lily Allen, qui a une certaine classe, a percé)
Evidemment on va dire que j'ai tout faux car il ne dit pas qui sont Truc et Machin, ni qui est le "mec qui ne vit que dans l'angoisse narcissique quotidienne". Bon sans doute, sans être particulièrement parano je sais bien que ce sont les gens comme moi qui sont visés, mais de toute façon, le procédé est un peu trop facile il me semble.

(Je vais sans doute être hué après avoir écrit un truc pareil, sachez quand même que j'avais cru avoir enterré la hache de guerre avec le personnage par un échange courtois de courriels privés mais qu'il a ensuite, sur son blog, continué à vulgairement me caricaturer et aussi Sonia, ma contributrice qui ne lui avait absolument rien fait. Voilà, je ne reviendrai dorénavant plus sur toutes ces conneries)

Albertine a dit…

Oh non, Marc, il n'est pas du tout question de te huer, tu le sais bien :-) ! (Enfin j'espère que tu le sais...).
Tu as manifestement raison de dire que "nous ne parlons sans doute pas tous de la même chose". Pour ce qui me concerne, je trouve qu'Astrale soulève une question intéressante et que, de la position qu'elle tient après la citation, il y a matière à discuter...
Ensuite, je suis très naïve sans doute, mais il est vrai que les "subtilités" présentes dans le discours de Scheiro, je ne les ai pas vues - pire en réalité, je ne veux pas les voir parce que, si elles y sont effectivement (j'me la joue Pascal maintenant), de toute façon ça ne m'intéresse pas, je ne veux pas les voir, ce n'est pas ça sur quoi il m'intéresse qu'il y ait discussion.
En effet, franchement, qu'est-ce qui est plus important de la question que soulève Astrale et des attaques personnelles (ou pas - je laisse ce point en suspens, comme je l'ai dit, il me semble que ça ne change rien à l'affaire, à ce qui importe, à ce qui est dit, des questions qu'Astrale soulève avec ce billet) que l'on peut voir dans les discours des uns et des autres ?
D'ailleurs, ta position, que tu n'as pas énoncée finalement Marc (mais je ne veux évidemment pas te forcer), mérite aussi sans doute de l'être. Mais, accorde qu'il n'y a rien de nécessaire dans blog = oeuvre d'art. C'est simplement ce que, personnellement, je tenais. Je crois que ça ne va absolument pas de soi, que le fait qu'un blog soit "personnel" n'implique pas immédiatement qu'il soit une oeuvre d'art....
As-tu déjà fait un tour sur quelques "skyblogs" pour ne citer qu'eux ? Même si ce que je dis là est bête, il est vrai que ce n'est pas un problème de plateforme...
Cela dit, tous ici (je crois) tenons un blog et.... franchement, avons-nous prétention à faire de l'art par ce biais ? J'avoue que ce n'est pas du tout mon cas.... même si, encore une fois, je n'exclus pas que ce soit possible, ni même que la prétention puisse être fondée....
Bref..., ce sont ces questions (entre autres) qui me paraissent être en jeu ici (et principalement la question du rapport "personnel" ou "authentique" / oeuvre d'art), pour le reste, je crois que nous en conviendrons tous (hein Marc ;-)), "much ado about nothing"....

(Je constate pourtant que l'atmosphère est vraiment tendue et bizaroïde en ce moment... Je n'ose même plus poster chez Flybird par crainte d'être prise à partie dans des histoires auxquelles j'avoue ne rien comprendre...).

Pardon Astrale d'avoir pris tant de place, belle journée pour toi, profite bien de ce lundi de Pâques en espérant qu'il ne soit pas, comme toi comme pour moi, sous la neige....

Astrale a dit…

Merci à vous tous de vos interventions. Ils m'aident dans ma réflexion..;et c'est peut être aussi cela la vraie vocation d'un blog, oeuvre d'art ou non, il permet de se trouver soi-même en allant à la recherche de l'autre...merci donc encore à vous tous et toutes, je vous apprécie beaucoup, bien que toutes ces "relations" soient très...virtuelles. continuez, je vous en prie....;-)

Anonyme a dit…

Comme d'habitude, je n'ai pris le temps que de lire tout ça en diagonale (parce que c'est long, quand même, et parce que je suis un feignant de classe supérieure), donc je vais sans doute répondre à côté (fourbissez vos machettes), mais pour ma part (il faut bien), je suis assez d'accord avec Marc (sur tous les points. D'aucuns apelleront ça de la "connivence", mais qu'importe) (d'aucuns oublieraient un peu vite ce qu'on s'est copieusmeent mis dans les gencives à l'époque du forum philo).

"Simplement", en ce qui concerne l'art proprement dit, je pousserai le raisonnement plus loin...

Pour simplifier et en coup de vent : L'art est un concept "pur", dans le sens où la notion ne renvoit à aucune réalité objective. Il n'est qu'une idée, une interprétation et, par extension, une illusion, un mirage, un mensonge (noble, certes, mais un mensonge quand même). Il n'est donc une réalité que dans le contexte du monde humain, avec des artistes pour le concevoir tel, et des perçevants pour le percevoir tel. Hors de ce contexte, il n'est plus rien, parce qu'il n'y a aucune notion de beau, de révolutionnaire ou de grandiose, dans la nature. Dès lors, l'art n'est pas dans les choses produites mais dans la tête de ceux qui produisent, et dans celle de ceux qui "reçoivent" cette production, et il n'existe jamais que dans le partage de cette double illusion. Dès lors, il n'admet aucune définition objective : tout peut être art, sans jamais que rien ne le soit vraiment. Chacun aura ses critères, plus ou moins massivement partagés, et cherchera à les partager, voire à les imposer aux autres (parce que c'est bien connu, plus un mensoge est partagé, plus il parait réel, et plus c'est rassurant). Ainsi, au-delà des blogs, c'est l'art lui-même qui est "beaucoup de bruit pour rien", ce qui ne l'en rend que plus noble (mais impose une certaine distanciation de bon ton dans la manipulation de sa "notion").

Par conséquent, si l'auteur d'un blog veut en faire de l'art et/ou si quelqu'un perçoit ledit blog comme art, eh bien on est bien obligé d'admettre que c'en est. Ensuite, tout est une question d'échelle (voir ci-dessus), mais le principe vaut même dans un contexte réduit. En effet, pour faire dans le polémique (qui, moi ? Comme vous y allez !), les "grands absolus universels" en matière d'art (comme du reste, d'ailleurs) ne le sont-ils pas surtout parce qu'une poignée de gens ont trouvé comment imposer indirectement leurs conceptions arbitraires de l'art à travers l'édification et la transmission généralisée d'une "certaine idée de l'art et de la culture" (la leur) ? Bref, n'y a-t-il pas ici conditionnement ? Et donc, déjà, trahison ?

A mon sens, je ne pense pas qu'on puisse vraiment apprécier l'art tant que l'on en est duppe, parce que si l'on en est duppe, alors, ce n'est pas l'art pour ce qu'il est, qu'on apprécie, mais ce qu'il représente pour nous, c'est-à-dire, ce qu'il est "de nous", c'est-à-dire encore : nous à travers l'art. (Mais j'me comprends)...


De la même façon, j'affirmerai crassement qu'au contraire, tout regard, si insignifiant qu'on puisse le considérer (mais qui est-on pour se permettre de tels jugements ?), porte bel et bien "un monde en lui"... Parce que tout regard est recréation personnelle du monde, quoi qu'on en pense. Aucun humain ne vit dans "le vrai monde", le monde de l'objectif, le monde de la réalité absolue qui sert de toile de fond au monde humain. En fait, aucun humain ne vit dans ledit monde humain, de la même façon, mais plutôt dans sa propre version dudit monde humain et de la réalité au-delà. Bref, il n'y a pas que les marginaux ou les artiste à vivre dans leur monde : sans toujours sans rendre compte, chaque être humain réécrit la réalité du matin jusqu'au soir en fonction de sa personnalité, de son vécu, de ses humeurs, si bien que (c'est un fait connu de tous) une même situation objective vécue par plusieurs personnes donne autant de situations subjectives à confronter. Bref, c'est encore une question d'échelle : le phénomène est effectivement plus flagrant chez certaines personnes que chez d'autres mais c'est pourtant un absolu. Chacun vit l'oeuvre d'art qu'il s'écrit, chacun réinvente en permanence le monde sans s'en rendre compte, chacun est donc son propre artiste, avec plus ou moins d'inspiration et de talent, c'est vrai, mais chacun porte effectivement son monde à lui, en lui, et c'est pour cela que nous ne nous rejoignons jamais vraiment, si "dans la norme" que nous puissions être. Dès lors, non seulement un blog peut être considéré comme de l'art, en cela qu'il se fait miroir de ces recréations permanentes, mais de surcroit, nous ne lisons pas ces blogs (qui sont réécriture du monde) comme ils sont, mais comme nous les recréons (comme nous nous les réécrivons, puisque ce sont des objets du monde parmis d'autres), ce qui est une nouvelle démarche de réinvention inconsciente. Dans la pratique, évidemment, cela paraitra beaucoup moins riche que dans la théorie, seulement ce n'est que parce que la richesse en question ne nous est pas donnée, servie sur un plateau (comme dans un bouquin d'histoire littéraire) mais parce qu'il faut la trouver, l'extraire, aller la chercher, l'isoler... Et déjà, être capable de le faire.

La grandeur de l'humain, pour moi, elle est dans l'ordinaire. Parce qu'il n'y a d'authenticité que dans cet ordinaire et que comprendre que cet ordinaire ne l'est pas, c'est faire un premier pas vers ce que l'on appelle "intelligence".

C'est, en tout cas, le monde que je veux porter en moi.
Sagesse, art ou fumisterie ? !

J'attends vos diagnostics éclairés, vu qu'ils sont dans l'air du temps !

Anonyme a dit…

Comme j'aime bien faire les choses à l'envers, je viens de tout lire en remontant, jusqu'à en arriver à... Proust, forcément (chouette destination, mais le voyage était sympa aussi).

Or, je m'aperçois qu'une fois de plus, je paraphrase allègrement sans avoir eu connaissance du texte d'origine (spéciale dédicace "àààà tous les hommmmeeesss que j'ai plagiééééé, avannnntttt")... Parce que c'est sans doute ma "réécriture personnelle" du passage, mais il me semble qu'il dit exactement la même chose que moi, mais plus joliment (oui mais alors là, c'est son boulot, quand même). Je ne sens pas d'idée d'élitisme derrière tout ça, ni de critique "du reste", ni de dénonciation quelconque. C'est "l'art selon Proust", et il parle de pluralité, de diversité, de liberté, il ne cantonne pas, ne place pas dans des boites, il aborde tout d'un oeil égal et bienveillant, et son goût, l'émotion procurée font ensuite le tri entre ce qu'il approuve et ce qu'il ignorera. Il n'impose rien. Ne professe pas. Ne prétend pas savoir pour d'autres. Ne pré-juge pas. Ne donne pas de leçons.

C'est sans doute ce qu'il y a de plus respectable dans son texte.

Mais ce n'en est jamais que ma lecture.


P.S. : vous avez vu, je ne réponds pas aux attaques personnelles du début du fil. Je voulais juste le souligner, quand même.

Et Marc, je ne vois pas pourquoi tu t'emballes, parce que tu es quand même catalogué dans "les plus fortiches". C'est un beau compliment ! : )

Scheiro a dit…

Merci Albertine de prendre le temps de dire avec des mots très bien pesés ce que je n'exprime que de manière assez confuse. Je suis totalement d'accord avec toi et je trouve comme toi, mais aussi Astrale qui a mis en lumière cette citation, que Proust rend parfaitement, à l'aide de belles métaphores, l'idée de ce que l'on entend par "oeuvre artistique".

En écrivant mon commentaire, je crée qq chose d'unique et d'authentique: aucun agencement de mots n'a jamais été fait auparavant selon cette distribution et il n'y pas plus de chance pour que ces phases soient spontanément reproduites à l'identique un jour. Pourtant ça n'en fait pas l'équivalent d'une composition poétique de Rilke, ça reste qq chose de plat, de tout à fait banal, c'est du discours convenu, un commentaire comme des milliers de bloggers sont en train d'en produire aux 4 coins de la planète.

A l'inverse, si Astrale met en exergue une phrase de Proust vieille d'un siècle et ne se contente pas de ses propres mots, c'est bien parce que Proust a su formuler avec art ce qu'Astrale voulait nous dire, non ?

Depuis qqs tps, la bibliothèque du Congrès US stocke en mémoire, sur une gigantesque machine, des sites et des blogs dans le but d'en faire profiter les générations futures. Mais je ne crois pas que cela se fasse en fonction de critères esthétiques. Dommage pour certains sites qui sont de véritables oeuvres d'art, tel que "Pub, société et compagnie", un magnifique écrin pour un summum de la haute culture boboïsante de ce début de millénaire.

Marc (bobo à défaut d'être beau :-) a dit…

Bon allez, bisous à tous, Yves y compris, sans rancune, 1 partout.
Si ya encore quelqu'un qui veut se battre, ce sera aux échecs. On se donne rdv à Paris et je joue à l'aveugle.

Marc a dit…

Et je revendique qu'il a de l'art sur mon site !

Le poème "Les coquelicots" de Sonia est selon moi un bijou que les amateurs sauront apprécier à sa juste valeur dans le fond et dans la fome.

La peinture / calligraphie "Mots passants" aussi de Christelle et Catherine aussi.

Chez Astrale il y a des trucs bien aussi, j'ai commenté ses oeuvres en toute sincérité

Les poèmes de Wolfwood plaisent à ma femme qui n'a rien d'une snob :-)

Et puis je ne suis pas si mécontent de ma traduction du texte de Ken Hensley,le mérite lui revient et j'accepte la critique. Je compte continuer dans cette voie, car Ken Hensley est un magnifique poète du rêve (bon c'est accessoirement un rocker aussi :-)

Par ailleurs je vais voir si je peux mettre des images de peinture d'une magnifiques artiste vietnamienne de ma connaissance. Wait and see

Voilà les généralités sur la chose ne m'intéressent que peu. Dans le billet d'Astrale, j'ai surtout vu une disposition favorable qu'elle voulait à priori poser sur les gens. Cela porte un beau nom : tolérance et c'est une forme d'humanisme tout simplement.

Albertine a dit…

Mais, Marc, alors là j'ai l'impression que c'est moi qui ait mal compris... D'ailleurs, il me semble quand même que la question se déplace. Je trouve que les deux propositions :
A)Un blog peut être une oeuvre d'art
B) Il peut y avoir des oeuvres d'art sur les blogs (ça s'écrit "blogs" ou "blogues" d'ailleurs ?).
Ne sont pas équivalentes et ne signifie pas la même chose : "B" peut être vraie sans que cela implique que "A" le soit aussi...
(Bon, je sais, je suis pénible, mais j'aime bien quand on s'accorde au moins sur ce sur quoi on parle...

Bisous aussi Marc ;-)

Albertine a dit…

Oups... "moi qui ai" et "ne signifient", pardon...

Marc (bobo.com) a dit…

Astrale a dit :

"j'en arrive à la conclusion que chaque blog est une "petite" oeuvre d'art"
et le "petite", qui a une valeur sémantique énorme change tout.
Car on ne confond pas une oeuvre d'art avec une "petite" oeuvre d'art.

M'enfin Albertine, t'as fait philo et faut tout t'expliquer ;-)

Allez on me pardonnera cet excès de sentimentalisme mais une collègue m'a prêté Anne Sylvestre "pour adultes" (40 ans de chansons), elle qui a bercé les voyages en voiture de mes enfants. Voilà donc ce que j'écoute :

(...)
J'aime les gens qui n'osent
S'approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être
Qu'une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme,
Les daltoniens de l'âme,
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l'Histoire
Leur rende les honneurs

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons

J'aime les gens qui doutent
Et voudraient qu'on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu'on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes au printemps

Qu'on leur dise que l'âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu'on les remercie
Qu'on leur dise, on leur crie
"Merci d'avoir vécu

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu'elles ont pu".

Anne Sylvestre, Les gens qui doutent

Moi, Anne Sylvestre qui dit des gros mots, je dis que ça vaut bien toutes les "petites" œuvres d'art de tous les blogs réunis :-)

Albertine a dit…

Ben Marc, moi aussi j'aime bien Anne Sylvestre, d'ailleurs, elle a aussi bercé mon enfance ;-)...

PS : Non, je ne suis pas la fille de Marc => niveau âge comme niveau IP ça ne colle pas ;-)

Anonyme a dit…

Puisque personne ne réagit à mes commentaires (une première, ces temps-ci), question naïve :

C'est quoi, la différence entre une petite et une grande oeuvre d'art ?

(Que c'est méchant)

Astrale a dit…

Un éclairage au passage; je vous ai lu attentivement, je ne vous dirai pas le fond de ma pensée. Pourquoi faire? je n'ai à convaincre personne. Dans mon billet, j'ai dit déjà ce que je pense profondément. et chacun peut bien penser ce qu'il veut, moi, cela ne me pose aucun problème. une simple précision donc, quand je dis "petite" oeuvre d'art, je ne veux pas dire une oeuvre au rabais, un résidu de fausse couche insignifiant, non, je veux dire un embryon, avec ce qu'il porte en lui d'à venir, un commencement. C'est ce commencement qui m'interpelle, cette nouvelle façon de s'exprimer, de communiquer, d'évoluer...commencement de quelque chose qui était inimaginable par la génération juste au dessus de nous, qui a découvert le téléphone, le fax, les premiers ordinateurs.
Un commencement...c'est déjà beau en soi.;-)

Anonyme a dit…

Tout le monde y s'en fiche de mes absolus et de mes concepts et de mes illusions. Bouh.

Je t'avais bien compris, Marie ! D'ailleurs, si tu m'as lu, tu as dû voir qu'on se rejoignait pas mal, mais de manière différente...

Donc, que les autres, là, les vilains les méchants qui nient aussi ouvertement l'existence de mes commentaires n'hésitent pas à répondre aussi !

(Je blague, hein, les gens. En ce moment ché pas pourquoi, je préfère préciser).