vendredi 15 octobre 2010

gnose-12: doleo


Cogito ergo doleo:

Je pense, je pense, ...tout le monde pense, dès lors qu'il a la panse bien remplie.
La solution pour ne pas sombrer dans la mélancolie, qui prétend être la seule posture pour être créatif,
est d'avoir le courage de se regarder en face.
Puis, après un petit toilettage de ses illusions perdues, ou même seulement de ses illusions tout court,
se remettre en marche, même si cette marche doit nous emmener vers l'inconnu du néant.

Peu importe

Le présent est tout, et il est urgent de se débarrasser des cons.
S'éloigner d'eux
Entrer en résistance
mais pas une résistance inutile, vaine et égocentrique
gueularde et belliqueuse
une resistance de l'intelligence
par l' analyse de ce qui nous réunit vraiment tous
en laissant tomber les masques du paraitre
apprendre la vraie liberté, tant qu'il en est encore temps
ré-apprendre le courage
oser s'exprimer, savoir dire ce que l'on a en soi
accoucher de la connaissance, du savoir que l'on a au fond de son être

avoir confiance en l'autre

croire en soi

transmettre

témoigner

désirer

l'écrire

le dire

NA!

vendredi 8 octobre 2010

GNOSE-11.Aïda


.....

C'est difficile de prendre la mesure de ce que laisse en soi de participer à un tel événement :

Chanter dans le choeur d'Aîda, devant 55000 personnes au stade de France.

Le fait d'être en groupe rassure bien évidemment. Et puis il y a soi, face à sa partition; le travail fourni auparavent devient une bouée de sauvetage; il faut assurer une prestation sans faille; on ne veut pas décevoir, il faut faire bien.
le regard glisse le long des notes qui s'égrennent avec vivacité, une mélodie intérieure s'installe, les accords instrumentaux résonnent avec force et s'imposent comme la seule réalité existente; tout le reste disparait, il n'y a plus rien que la vérité de la musique. Je lis la partition et en même temps,je suis imprégnée des accords et de la sonorité puissante et précieuse des instruments placés juste devant nous. La musique appelle nos interventions chantées. Elle nous devance, nous nous laissons porter par elle, tout en ayant les sens en tension. Nous savons l'instant précis où nos voix conjuguées vont fendre l'air ou poser, en communion, une note tendre. Nous connaissons toutes les nuances, les accents, les articulations, les intentions. Dès que le moment arrive, tout le monde se lève tranquillement, pose un regard plus aigü sur le chef qui dirige avec énergie et précision. Ces gestes sont surs, encourageants, il nous indique, mais pas toujours, qu'il faut y aller.

J'ai compté les temps, la musique est mathématique; c'est là, il ne faut ni attaquer trop tôt, ni hésiter sur le départ. Il faut compter et être prêt. Il faut entendre la mélodie, se laisser guider par elle.

Seule au milieu de tous. Seule mais accompagnée de tous.

Quelle impression! Comme les organes d'un seul corps qui fonctionnent indépendemment les uns des autres mais qui ne peuvent agir seuls!
La musique ,qui les relie, est comme le flux de sang dans un organisme qui irrigue chaque partie de celui-ci.

Nous ne faisions plus qu'un.
Là, dans cet immense stade, nous ne faisions plus qu'un avec l'orchestre, la scène, les danseurs, les solistes.

Nous avons répété, fait quelques raccords.
A la pause, juste avant le repas dans le salon « sensation », quel nom! je me suis assise, sur une plate-forme juste devant la scène où déambulaient pelleteuses et ratisseuses. Il fallait étendre le sable ocre qui servirait de décor. De hautes colonnes en carton-pâte se dressaient de chaque côté. Il faisait un temps incroyablement doux en ce 2 octobre, comme une journée de fin d'été. Une période se terminait. Nous avions travaillé « Aïda » depuis le mois de mai. S'il avait plu, nos efforts auraient été reduits à néant. Un report du samedi au dimanche était prévu mais plus qu'improbable.

Il a fait beau.

Je scrutais les quelques personnes qui finissaient de mettre tout en place pour le spectacle du soir. J'avais une sensation de plénitude. Il me semblait qu'à ce moment précis, rien ne pouvait arriver de mauvais, malgré les gendarmes à cheval, malgré les menaces planantes depuis quelques semaines...

Le spetacle s'est déroulé comme prévu, quelques aléas perceptibles par nous, mais pas du public, qui eut une impression d'ensemble très favorable. Quelques interviews d'un présentateur connu venait ponctuer le déroulement de l'oeuvre. Il expliquait l'histoire pour les téléspectateurs car il allait y avoir une retransmission. Le chef devait l'attendre. Nous aussi.

La télévision est reine.

Le speaker se faisait pomponner entre chaque prise. C'était amusant, mais à la fin, un peu agaçant. Ses parenthèses venaient enrailler la fluidité de la musique, comme un vieux tourne-disque qui saute par intermittence.

Les applaudissements finaux furent longs et appuyés. Très rapidement ils ne furent plus d'actualité. Tout allait très vite. Le plaisir avait eu lieu. C'était déjà du passé.
Ceci dit, c'était quand même bien sympathique de se retrouver au milieu des gens qui montraient leur contentement. La caméra balayait nos visages souriants qui montraient une certaine satisfaction.

Que feront-ils de ces images?

Il me fallait fixer par écrit ces quelques impressions, pour les faire vivre encore.
Je suis comme au retour d'un beau voyage. Je ne suis pas encore redescendue de mon petit nuage.
Cela peut paraître ridicule ou vain, mais j'ai l'impression d'avoir accompli quelque chose.

Oui, les expériences nous changent...

dimanche 26 septembre 2010

gnose-10.Le vide


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J'ai approché le vide. Je sais ce que c'est. Cela ne donne aucun droit, ni pouvoir. La connaissance du vide est un état qui permet de voir autrement. C'est bien tout. Mais cette connaissance permet de progresser vers une état d'équilibre. C'est l'équilibre que nous recherchons. Ne pensons-nous pas avec horreur aux « déséquilibrés »?
Le vide est. Il est en chacun de nous. Il ne nous réjouit pas, aussi le rejetons nous le plus souvent. Mais il est comme un rappel de notre condition, aussi convient-il de l'admettre et puis de ...faire avec.

Ma conviction est qu'il n'y a pas un ou des dieux vengeurs, qui, comme dans certaines mythologies, nous observent et s'apprêtent à nous punir en cas de recherche trop obstinée du bonheur.

Le bonheur est dans la relation, parce qu'elle permet de dépasser ce vide, de l'offrir à l'autre pour qu'il puisse à son tour déposer le sien. La rencontre s'opère, le désir naît et là réside notre humanité.
Epicure a, je crois, été l'un des premiers philosophes à admettre les femmes dans son « jardin » pour l'échange, et la recherche du bonheur. Non pas une recherche de débauche et d'excès de plaisirs. Au contraire, un équilibre dans l'apaisement des sens au travers de plaisirs simples naturels et nécessaires qui permettent d'atteindre une forme d'équilibre, dans le respect du corps.

Le sommeil me gagne...J'ai chanté Aïda depuis 10 heures du matin jusqu'à 17heures. Heureusement, un repas agréable a mis "pause"...Ce n'est pas un ...trop?
j'arrête mes élucubrations mentales que je jette ici comme une poignée de sable fin, à la façon nounours, pom po po pom....sur les petits yeux fatigués qui picotent...il est temps d'aller dormir.

jeudi 16 septembre 2010

GNOSE-9...Italia


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"Lago trasimeno"
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Pour écrire, il me faut du temps, mais c'est comme pour peindre...j'ai besoin de sentir l'impulsion.
Cela vient de plus loin, c'est plus prégnant que la photo. Mon APN me donne une satisfaction immédiate. Il fixe ce que j'ai, un instant, dans l'oeil. La photo marque le temps, elle accroche une sensation, un sentiment, un événement, une impression, un souvenir...le temps qui passe...

La démarche d'écrire et de peindre, que je mets sur le même plan, va chercher au plus profond de mon être, mais dans le symbolisme commun aussi, et dans ma propre histoire, dans l'importance que je donne aux choses, dans la recherche que je m'évertue à réaliser dans la compréhension de ce monde (celui que je veux bien regarder, voir) et de ma prore vie.

Je ne crois pas au hasard.

Il faut que j'arrive à lacher prise. J'ai du mal à donner ma confiance et quand je le fais, je suis souvent déçue. Je crois que j'en demande trop.

Je suis allée en Italie, cette année, dans la terre de mes ancêtres. J'y puise des forces incroyables. Je me sens là-bas comme chez moi. Je sais que j'irai y vivre un jour.

Il faut que je me remette à peindre....

jeudi 19 août 2010

GNOSE-8

Léo, mon amour,

La vue sur la campagne toscane était magique. Les ifs sombres, élancés, rivalisaient avec les têtes argentées des oliviers.
De collines en creux, de vues à l'infinie en détour surprenant des chemins, la route me conduisait jusqu'au domaine vinicole où vécu Léo Ferré de 1971 à 1993. Une route escarpée, jonchées de cailloux, puis un léger raidillon avant d'apercevoir le porche. Une pancarte indiquait:"Azienda agricola san Donatina"...L'accueil fut chaleureux. rapidement je me retrouvai sur une terrasse surplombant une large vallée, des vignes partout,et puis sur la table, un plateau garni de quelques croutons recouverts d'une huile onctueuse et très fruitée.
Pour accompagner cette dégustation, un verre de chianti.
L'air était doux, juste comme il faut, pas trop chaud, en ce moi d'août finissant. Un portrait discret mais très présent de ce cher Léo décorait une porte en bois de la demeure. Il était bien là, semblant nous accueillir, et en même temps délimitant et interdisant l'entrée de sa maison. Il surveillait en somme...nous étions bien venus... jusqu'à un certain point.

C'est comme ça avec Léo, faut pas abuser...

L'émotion, ce fut quand j'échangeai quelques mots avec son fils, un homme affable, au regard souriant, affairé à conditionner correctement les cartons de vins et d'huile. J'ai senti et retrouvé quelque chose de Léo, la douceur et la gentillesse de l'homme sensible. Quand nous évoquâmes ensemble Léo, j'eus du mal à retenir cette émotion qui me fit un instant balbutier. Je me suis vite reprise. Ce serait devenu gênant. Et puis, lui, ce fils qui doit voir défiler des inconnus qui se disent presque des familiers...incongruité. Il avait l'air d'apprécier, cependant. Tous les cds du chanteur garnissaient un angle de la cave à vin.

Il m'est revenu cette chanson sur le retour, que j'ai fredonnée...:"Avec le temps...
Avec le temps, va, tout s'en va
Mêm' les plus chouett's souv'nirs ça t'as un' de ces gueules
A la Gal'rie j'farfouille dans les rayons d'la mort
Le samedi soir quand la tendresse s'en va tout seule...

Salute.

samedi 14 août 2010

GNOSE-7

Je crois que ce n'est pas banal de loger quelques jours dans une vieille demeure de pierres du 15ième siècle, dans la campagne profonde de l'Ombrie ...
Ce soir, je les ai senti, frôlant mes cheveux, emplissant la pièce, du côté de la salle de bain. Ils sont d'un autre temps, d'une autre époque, d'un autre âge...Ils n'ont pas montré d'animosité, mais ils m'ont fait comprendre que nous devions rester calmes et respectueux de leur territoire. C'est ce que je leur ai dit.: nous ne sommes que de passage et pour peu de temps encore....
Je sais qu'ils m'ont entendus.
L'air était lourd, un orage a éclaté. De grands éclairs ont zébré le ciel obscur, des coupures d'éléctricité intermittentes et une averse énorme ont agrémenté la soirée.
Dans le village, un petit bistrot de campagne où était servi un café ristretto, avec un limoncello très frais...Les gens était surpris de voir quelques touristes égarés dans ce coin retiré...fort sympathique. Quelques sourires échangés, quelques mots aussi dans un italien approximatif, un autre bar plus loin, vociférant une musique moderne, invitant à la danse, des minettes pailletées, bras dessus-bras dessous, d'autres, des gars, qui se rassemblent comme pour se donner du courage...des regards.
La pluie a repris de plus belle.
La nature est rebelle.

vendredi 2 juillet 2010

GNOSE-6-


l'ami, l'autre qui compte pour soi, qui aime sans réserve, se doit de prêter attention à la peine qu'il peut causer par une attitude rejetante.
C'est facile dans le blogging, un bouton qu'on appuie, et hop, on prend, on jette sans prendre le risque (derrière son écran) d'avoir à se poser des questions sur soi-même, et de son rapport réel au monde. Il n'y aurait alors de réelle amitié, de vérité dans la relation?
Nos vies tumul-tueuses nous amènent parfois à être pénibles pour l'entourage car le stress apporte son lot de réactions qui ne montrent en rien la vraie profondeur d'un être. Le véritable ami t'avertit, te dit: arrête, tu déconnes là...qu'est-ce qui ne va pas?

Si l'on arrêtait définitivement de dire à celui qu'on croise:"ça va?" Cette petite phrase creuse, qui dit:"surtout ne ma parle pas de toi, reste avec ton histoire, elle m'importune."

Alors il est de bon ton de ne montrer que ce qui va bien, ce à quoi l'on se raccroche pour dédramatiser. Nous sommes sujet à pratiquer le bonheur, ce serait honteux de dire ses difficultés quand tant de gens souffrent dans leur chaire, dans leur tête.

Parfois il est nécessaire de sortir de tout cela pour s'aérer les neurones, se recentrer sur soi, réfléchir...et partager ailleurs. Sans partage (et je veux dire permettre à l'Autre d'utiliser son savoir pour progresser) sans partage, nous ne sommes rien qu'une succession de mots creux et insipides.

Alors, Exit Marie....

Bonne vacances à ceux qui liront ces quelques lignes...

mardi 29 juin 2010

GNOSE-5


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Une vieille bouteille de 1945, son bouchon. Oui, il a bien fallu se décider à l'ouvrir, pour découvrir les effets du temps sur ce breuvage particulier: un marc de champagne.

j'ai trempé mes lèvres, curieuses et attentives. Je n'aime pas particulièrement l'alcool, mais le besoin de connaître l'a emporté!

Fort, mais parfumé. Les années n'avaient en rien altéré le liquide. Intact et sûrement bonifié.

Je ne suis pas connaisseuse, je pense que je n'ai pas apprécié comme il le fallait, mais cela m'a permis de réaliser cette photo du bouchon.
Je le trouvais ...beau.

Le temps passe et nous atteint. Il marque chaque jour imperceptiblement notre peau.

Comme dans ce bouchon, je ne vois dans les rides que la marque de l'expérience, de la sagesse qui s'inscrit au plus profond de chacun et qui laisse des sillons de vie.

je ne comprends pas la chirurgie esthétique qui s'évertue à faire disparaître ces traces de vie. Le visage tiré et bouffi de certains de nos ministres témoigne de leur volonté de ne mettre en exergue que le paraître. Cela en devient inquiétant. Il n'y aurait plus que l'apparence...et le fond? et la pensée?

Santé!

(attention, l'abus d'alcool est dangereux...ben, oui, hélas! )

dimanche 6 juin 2010

GNOSE-4-


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.....photo prise sur un mur de New York en mai 2010, lors de mon voyage....peinture fresque de Woody Allen par un inconnu.
adresse:420 West 13th Street
Between Ninth Ave. & Washington St.

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Hier soir, Il faisait chaud et je ne trouvais pas le sommeil, alors j'ai lu cela, de Krishnamurti, écrit en 1929:

‘La vérité est un pays sans chemin. Nulle religion, nulle secte n’y mène. La vérité est infinie, inconditionnée et ne peut être organisée. Il est vain de créer des structures ayant pour mission de guider les hommes sur une quelconque voie. La croyance est une question purement personnelle qu’on ne peut organiser, au risque de la figer, de la détruire, de la réduire en un dogme. C’est pourtant ce que l’on tente de faire partout dans le monde. La Vérité ainsi dégradée devient un simple jeu à l’usage des faibles et des insatisfaits.

Mais la Vérité ne peut s’abaisser. C’est à l’homme de s’élever jusqu’à elle.

L’appartenance à une organisation ne peut nous libérer, ni développer notre être intérieur. Aucun individu, aucun culte organisé, ni même le dévouement personnel à une cause, ne nous mèneront à la libération. Voilà pourquoi je ne tiens nullement à créer des religions, des sectes, des philosophies et des théories nouvelles.

Au contraire, une seule chose m’intéresse, essentielle, la réelle liberté de l’homme. Je voudrais aider l’homme à s’échapper de ses limites, à se libérer de la peur : peur de la religion, peur du salut, peur de la spiritualité, peur de l’amour, peur de la mort, peur de la vie même. Je désire que les hommes soient inconditionnellement libres’

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La liberté. C'est ce que je préfère.

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samedi 22 mai 2010

GNOSE-3-


Il n'est pas forcément utile de se faire des noeuds au cerveau. Cependant le langage structure notre pensée.
......
J'ai plongé dans le mystère de la beauté. Tout d'un coup! c'était époustouflant. Le MOMA offrait tant de toiles de maîtres toutes plus formidables les unes que les autres.
M'en suis-je vraiment remise?
Non, mais c'est tant mieux.
Je cuve, je digère, je suis repue de cette abondance esthétique. Un vrai bonheur.
Incomparable.

lundi 3 mai 2010

GNOSE-2-



La chiquita piconera

1930.
Óleo y temple sobre lienzo.
100 x 80 cm.
Museo Julio Romero de Torres. Córdoba. España.
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Je pose ma main et je te touche....et pourtant nous ne nous rejoignons jamais vraiment.

Lorsque je m'approche, je fais déjà la moitié du chemin, et, etc...la moitié de la moitié....infiniment.

Imaginons, deux aimants (pas amants) dont on approche les côtés qui se repoussent. Ils sont bien repoussés l'un de l'autre par une force invisible...une attraction de chacun d'eux vers lui-même qui empêche qu'ils se touchent. A l'inverse, lorsque nous approchons les côtés qui doivent se joindre,s'aspirer, nous pouvons imaginer qu'au sein de leur a(na)tomie, ils se concentrent vers leur intériorité qui fait que même se touchant, ils ne se rejoignent jamais, concentrés sur eux-même qu'ils sont.

C'est clair, non?

Toucher l'esprit, l'âme, est-ce aussi difficile?

samedi 1 mai 2010

GNOSE-1-




Un jour, je découvris une hydrocéphalie à un tout petit dans le ventre de sa maman...l'échographie que je pratiquais, entrait dans le dépistage systématique que l'on effectue à la moitié de la grossesse, càd à 4 mois et demi. (A ce moment là, le fœtus pèse environ 450 gr.) Tout était normalement formé, pas d'anomalie, jusqu'à ce que je détecte la présence d'une quantité inhabituelle de liquide céphalorachidien dans la boite crânienne...

c'est fini....Un demi cerveau ... Pas viable... Enfant voué à une mort certaine ...

Annonce aux jeunes futurs parents... Déception, sidération, interrogations, inquiétude, sentiment de culpabilité, tristesse.... Tout se passe en quelques mini-minutes, et même si l'on prend des précautions, des “gants” pour dire ce qui “peut”- être une réalité, bien qu'il faille confirmer...

L'ESPOIR qui retombe vite....l'ANGOISSE prend le pas...ou parfois, une espérance déraisonnée,

“ELLE”zappe souvent.... LUI comprend tout de suite....

Le choc est profond.

Je sais qu'il s'ensuivra douleurs psychiques et épreuve physique dans ce que l'on nomme
l' interruption médicale de grossesse.

Ils l'ignorent encore.

Parcours du combattant: affronter une deuxième échographie (voire une troisième) pour confirmation, hospitalisation, déclenchement du travail, calmants qui ne calment pas toujours bien, et qui n'empêchent pas le néant de la situation.

L'accompagnement psychologique est indispensable .....parvenir à dépasser cet....échec....

Dans nos hôpitaux, pas toujours facile....l'aspect “humain” est parfois gommé par une sur-enchère technologique. Plus de machines, moins d'hommes....Faisons-nous vraiment des économies?

Et pour quel résultat?

Je sais toujours poser une main de réconfort, un regard, une attention...

Le silence ne doit pas être redouté dans ces moments là. Un silence partagé, une émotion...
Ne pas lutter contre ce que l'on peut ressentir, mais l'apprivoiser.
Ne pas fuir.

La mort d'un enfant semble toujours injuste, la mort ....

Bon, ils ont eu une autre enfant....la vie continue.

mardi 20 avril 2010

Icare


....

quand on est là-haut,
seul le cadran indiquant une température, une altitude, une localisation nous aide à nous persuader que nous sommes réellement dans les airs, à voyager. Nos sens sont trahis. la vitesse est imperceptible, aucun bruit , pas de sensation de vertige, une température acceptable.
Nous pouvons traverser la vie ainsi...sans voir, sans entendre, sans comprendre, nos sens endormis, anesthésiés, sans réaliser la beauté de cette vie qui nous est offerte.
Le nuage qui s'est élevé, invisible et pourtant réel, nous aidera-t'il a lever le voile sur notre incapacité à apprécier la lenteur, la paresse, l'étourderie, la rêverie, la distraction, la fraicheur d'esprit, la paix, l'intelligence, la bonté, l'autre.

Freud n'a pas écrit que des bêtises. En voilà encore un passage d'actualité:

"Mais personne ne nourrit l'illusion que la nature soit déjà domptée,
et bien peu osent espérer qu'elle soit un jour tout entière soumise à l'homme.
Voici les éléments, qui semblent se moquer de tout joug que
chercherait à leur imposer l'homme : la terre, qui tremble, qui se fend,
qui engloutit l'homme et son oeuvre, l'eau, qui se soulève,
et inonde et noie toute chose, la tempête, qui emporte tout devant soi ;
voilà les maladies, que nous savons depuis peu seulement être dues aux attaques
d'autres êtres vivants, et enfin l'énigme douloureuse de la mort,
de la mort à laquelle aucun remède n'a jusqu'ici été trouvé
et ne le sera sans doute jamais.
Avec ces forces la nature se dresse contre nous, sublime, cruelle, inexorable ;
ainsi elle nous rappelle notre faiblesse, notre détresse,
auxquelles nous espérions nous soustraire grâce au labeur de
notre civilisation. C'est un des rares spectacles nobles et exaltants que les
hommes puissent offrir que de les voir,
en présence d'une catastrophe due aux éléments, oublier leurs dissensions,
les querelles et animosités qui les divisent
pour se souvenir de leur grande tâche commune :
le maintien de l'humanité face aux forces supérieures de la nature.
" Sigmund Freud ("l'avenir d'une illusion" 1927.

Sigmund Freud (1927), “L’avenir d’une illusion”. Trad. franç., 1932.(Suite)

"Pour l'individu comme pour l'humanité en général,
la vie est difficile à supporter.
La civilisation à laquelle il a part lui impose
un certain degré de privation, les autres hommes lui occasionnent
une certaine dose de souffrance,
ou bien en dépit des prescriptions de cette civilisation
ou bien de par l'imperfection de celle-ci.
A cela s'ajoutent les maux que la nature indomptée -
il l'appelle le destin - lui inflige.
Une anxiété constante des malheurs pouvant
survenir et une grave humiliation du narcissisme naturel
devraient être la conséquence de cet état.
Nous savons déjà comment l'individu réagit aux
dommages que lui infligent et la civilisation et les autres hommes :
il oppose une résistance, proportionnelle à sa souffrance,
aux institutions de cette civilisation, une hostilité contre celle-ci.
Mais comment se met-il en défense contre les forces supérieures de la nature,
du destin, qui le menacent ainsi que tous les hommes ?
La civilisation le décharge de cette tâche et elle le fait
de façon semblable pour tous.
Il est d'ailleurs remarquable que presque toutes les cultures se
comportent ici de même.
La civilisation ne fait pas ici halte dans sa tâche de
défendre l'homme contre la nature elle change simplement de méthode.
La tâche est ici multiple le sentiment de sa propre dignité qu'a l'homme
et qui se trouve gravement menacé,
aspire à des consolations ; l'univers et la vie doivent être libérés de leurs terreurs
; en outre la curiosité humaine, certes stimulée par les considérations pratiques
les plus puissantes, exige une réponse.
Le premier pas dans ce sens est déjà une conquête.
Il consiste à « humaniser » la nature. On ne peut aborder des forces
et un destin impersonnels, ils nous demeurent à jamais étrangers.
Mais si au cœur des éléments les mêmes passions qu'en notre âme font rage,
si la mort elle-même n'est rien de spontané,
mais un acte de violence due à une volonté maligne,
si nous sommes environnés, partout dans la nature,
d'êtres semblables aux humains qui nous entourent,
alors nous respirons enfin, nous nous sentons comme chez nous
dans le surnaturel, alors nous pouvons élaborer psychiquement notre peur,
à laquelle jusque-là nous ne savions trouver de sens.
Nous sommes peut-être encore désarmés,
mais nous ne sommes plus paralysés sans espoir,
nous pouvons du moins réagir,
peut-être même ne sommes-nous pas vraiment
désarmés : nous pouvons en effet avoir recours contre ces violents surhommes
aux mêmes méthodes dont nous nous servons au sein de nos sociétés humai-
nes, nous pouvons essayer de les conjurer, de les apaiser, de les corrompre, et,
ainsi les influençant, nous leur déroberons une partie de leur pouvoir. Ce
remplacement d'une science naturelle par une psychologie ne nous procure
pas qu'un soulagement immédiat, elle nous montre dans quelle voie poursui-
vre afin de dominer la situation mieux encore."

Extrait d'une édition électronique
réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :
Sigmund Freud (1927)
“ L’avenir d’une illusion ”
Traduction française par Marie Bonaparte revue par l’auteur, 1932.

jeudi 15 avril 2010

l'amitié


Extrait du site ICI


Emmanuel Kant (18è) – " L'amitié (considérée dans sa perfection) est l'union de deux personnes liées par un amour et un respect égaux et réciproques."

Contrairement à la "personne" morale" et à l'humanité universelle", l'ami est un être réel et singulier. N'avions-nous pas prévenu dès le départ : autrui signifie étymologiquement cet autre-ci ? L'amitié se présente donc comme une forme concrète et praticable de l'amour du prochain. Déjà dans l'Antiquité l'amitié est considérée comme une vertu, c'est-à-dire une disposition bénéfique qui permet aux hommes de s'apprécier comme des individus égaux et libres. Même si dans ce contexte antique elle reste très sélective et aristocratique…
Montaigne, en parlant de son ami Etienne de La Boétie, en donne une version plus moderne et plus originale. La formule célèbre "parce que c’était lui et parce que c’était moi" exprime une sorte de respect pour l'identité et pour la liberté de l'autre : c'est parce qu'il était simplement lui-même, parce que je le respectais comme tel, et réciproquement, que nous étions amis. L’amitié me fait saisir autrui comme infiniment proche de moi, car comme moi, il est infiniment différent et unique. L’amitié porte ainsi, non uniquement sur la “personne”, au sens de Kant, mais sur l‘individu dans ses aspects les plus concrets et les plus divers. L’amitié c’est justement de pouvoir choisir, chez quelqu’un, le trait qui nous plaît, et qui nous plaît justement dans sa singularité.
Il y a des amitiés qui sont de simples "copinages", de la camaraderie : le fait de bien s'entendre, de partager des activités commune ou un sort commun. Inversement il y a des amitiés quasi-amoureuses, fusionnelles, ou bien fondées sur la fascination réciproque. Et puis il y a cette amitié plus profonde dont parle Montaigne, dans laquelle autrui est reconnu à la fois comme prochain et comme "lointain", comme familier et comme étranger, bref comme un alter ego. C'est aussi une synthèse de l'affection et du respect : l'affection qui attire, le respect qui maintient la distance."

Je crois que de vrais amis, il en existe peu....très peu. Le désintéressement est-il réel? Non, peut-être pas, mais ce n'est pas grave. C'est une vertu dès lors qu'elle est inconditionnelle. Tolérance, indulgence et amour en sont les fondements.